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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 10:36
Un texte de discusion de Yann Le pennec, Alternative Citoyenne de la Manche

« Fiasco » des organisations traditionnelles, refondations, émancipation, mouvement (comment faire mouvement…). Quelle pédagogie  pour une reconfiguration  du politique ? 


L’hégémonie culturelle exercée  par une droite qui a travaillé pendant plusieurs années pour imposer sa conception du monde et faire adhérer une majorité de français aux idées, aux valeurs, aux représentations des hérauts  du capitalisme néolibéral  impose, en effet, de revoir tout en comble les formes de la lutte politique.  Certaines d’organisations s’y emploient plus que d’autres au point  qu’une « nouvelle culture politique » serait à produire, nouvelle au point de faire parfois « table rase » de l’histoire du mouvement ouvrier, des luttes sociales et politiques.

Au cours de nombreux ateliers des choses sont dites, qui, il n’y a pas si longtemps, auraient été inaudibles même pour des militants critiques au sein des partis représentant le mouvement ouvrier, inaudibles dans leur dimension libertaire quand revient avec force le thème de l’émancipation…Inaudible, en effet, le constat qu’aucune révolution n’a réussi, ni les révolutions socialistes internationalistes, ni les révolutions nationales. Personne n’avance, cependant,  qu’elles ont abouti à des échecs…sans doute pour ne pas jeter à la poubelle de l’histoire, pour garder en mémoire, les avancées  politiques, sociales, intellectuelles  produites dans l’effervescence des moments révolutionnaires et par les mouvements qu’elle a généré.

La question se pose, alors,  de savoir si l’analyse  des  effets de l’emprise d(es)u parti(s) sur le mouvement a été poussée assez loin pour s’accorder sur le constat suivant : « toutes les révolutions qui se faites par le haut, par la prise du pouvoir d’Etat ont fini par écraser la société et se retourner contre ceux qu’elle prétendait servir » (Miguel Benassayag). Le temps serait t-il venu de  re-connaître que  la prise du pouvoir d’Etat par une avant-garde guidant le peuple par l’entremise d’un parti révolutionnaire a eu comme conséquence funeste et principale de dénier toute autonomie, même relative, aux mouvements sociaux exprimant la diversité de la société. De re-connaître que l’unicité du parti unique a réprimé la subjectivité (le « penser pour et par soi-même ») parce que chaque individu s’est trouvé assujetti à la parole du maître (« petit père de (tous les) peuples », grand timonier,  guide suprême,  führer ou du lider maximo (dont l’idéologie et les programmes politiques sont évidemment à distinguer ». De re-connaître que  ceux-là sont  parvenus au pouvoir en usant de la trahison, du meurtre et de l’assassinat et que l’identification à une figure « supérieure » et « puissante »  unifiant les individus entre eux  en les prenant en charge les a mis  à l’abri  de toute remise en question, de toute division,  les a mis à l’abri de l’angoisse de mort,  …quitte  à les envoyer à la mort, a l’exil ou dans les geôles .

Le temps serait t-il enfin venu, ouverture des archives secrètes aidant, de faire lit du mythe (et de la mise en scène) de la prise des Palais d’hiver ? Le  temps serait t’il venu de  re-connaître qu’à plus ou moins  brève échéance, l’organisation, les agencements de pouvoirs et les rituels  au sein d(es)u parti(s) sensés garantir l’unicité du  projet révolutionnaire garantissant la victoire du peuple et les lendemains (toujours « demain ») qui chantent,  ont reproduit les rapports de domination du système politique que ce projet prétendait contester radicalement. Le temps serait venu de re-connaître que ces fonctionnements et ces rituels  évacuaient nécessairement  toute parole dissidente, que celle-ci exposait nécessairement les hérétiques  à devoir faire  autocritique avant d’être éliminés s’ils ne l’avaient pas été plus tôt. Cette re-connaissance est douloureuse pour les radicaux toujours plus ou moins captivés par le mythe  du grand soir opérant encore à bas bruit en mobilisant tous les « anti » et les unifiant dans les utopies d’une « sortie » du capitalisme dont on ne voit guère les moyens pratiques qu’ils se donneraient. L’antilibéralisme et l’anticapitalisme rassemblent à juste titre tous ceux qui dénoncent la cupidité installée comme valeur suprême concrétisant la dynamique capitaliste de la maximisation du taux de profit, l’enrichissement d’une minorité arrogante de goinfres, l’accroissement des inégalités et la violence du capitalisme en tant qu’ordre social, pour s’en tenir là, entre toutes autres conséquences néfastes et dramatiques.

. Il reste à se demander pourtant à quel niveau de remise en question ils entendent procéder, quelles structures ils entendent créer pour imposer une juste répartition de la richesse : limiter l’initiative privée, l’entreprise individuelle, le profit, supprimer l’actionnariat, la bourse…et l’économie de marché ? Autant de questions incontournables évacuées par des discours dont la radicalité trouve sa force de séduction dans une méconnaissance assez impressionnante voire dans une ignorance de l’économie et de l’économie capitaliste. Sans doute les harangues des meetings conservent une vertu mobilisatrice, mais les rituels de l’action politique et de la mobilisation des foules devraient être re-considérés avec la plus grande vigilance au regard de l’histoire quand ils s‘adressent à des peuples dont le niveau de connaissance s’est élevé considérablement depuis les débuts de l’industrialisation dans la première partie du XIXème siècle. Serait remise en question, notamment,  la posture de l’homme politique et la geste  oratoire d’une lignée de tribuns populaires de Lenine à Castro . Orateurs  surplombant l’auditoire et le subjuguant sous  la puissance d’un verbe inspiré, quasi-prophétique : « Le peuple est un silence, écrivait Victor Hugo. Je serais l’immense avocat de ce silence. Je parlerai pour les muets ».

Il reste, aussi,  à s’interroger sur les effets de subjugation et de domination  des exposés savants ponctués de référence aux écrits des grands penseurs du mouvement ouvrier, écrits dont la pertinence n’est pas nécessairement en cause. L’écart  entre la sophistication des analyses politiques au sein d’instances regroupant les intellectuels des organisations et des partis est à évaluer eu égard à l’incapacité sans doute relative mais manifeste des appareils représentant la classe ouvrière (ou le « mouvement social ») à diffuser cette pensée pour permettre à la base (« les gens ?») de saisir la complexité des changements intervenus au cours des dernières décennies.  Un parallélisme peut être envisagé entre les effets de cette déficience critique (qui  génère le besoin symptomatique de « refondation ») avec la désaffection des fidèles au sein de l’église catholique sous l’emprise de docteurs de la foi usant de citations latines  et de références aux Saintes Ecritures.

Cette situation demande aussi à être re-connue tant il importe d’interroger la dimension politique du rapport pédagogique dans les formes de diffusion d’une pensée critique au sein des organisations dans le cadre de la reconfiguration souhaitée du politique. « Il faudra que nous nous baissions pour que nous puissions rencontrer les gens, (les groupes ou mouvements» disait une militante féministe et associative, lors d’un atelier organisé par l’Observatoire des mouvements sociaux (OMOS) au cours de la Fête de l’Humanité (elle n’a pas dit que nous nous abaissions). Il faudra, en effet que « nous », c’est-à-dire ceux qui possèdent et maîtrisent  habituellement la parole et un certain savoir, que ceux-là se  mettent à la portée de ceux qu’ils  prétendent enrichir de leurs analyses sensées leur permettre de parvenir à plus de compréhension de la complexité des phénomènes économiques, politiques, sociaux et culturels, à plus d’intelligence critique pour se (re)mobiliser et ne plus avoir seulement à « suivre » . « Se baisser » c’est-à-dire abandonner le modèle et les rituels  de la conférence universitaire pour adopter la posture de l’éducation populaire, c’est-à-dire prendre le temps d’échanger préalablement avec le public pour partir de l’information partielle et partiale distribuée par des médias pour la plupart dominés par des puissances financières au service de grands groupes économiques afin de construire un rapport véritablement dia-logique susceptible de faire naître une parole « partagée », de susciter la prise d’une parole qui ne soit pas simple reprise d’une parole « révélée » par ceux qui ont la parole. Sans quoi nous continuerions à « parler pour les muets ». Citations et références théoriques auraient ensuite  quelques chances d’être comprises par les non initiés qui pourraient alors faire mouvement… et masse... critique.                                                                         Yann Le Pennec

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Published by Le Mammouth - dans Politique
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commentaires

Le Mammouth 18/11/2008 16:12

Le "Droit" et surtout le doit! Certes. reste la manière!Fin de comment aussi

JMS 18/11/2008 09:03

On a quand même le droit d'estimer qu'un texte est mauvais et inutile même quand c'est le Mammouth qui le publie et même quand c'est un camarade qui en l'est l'auteur.Fin de la polémique

Le Mammouth 18/11/2008 07:52

Le Mammouth ne pratique pas la censure et nul n'est obligé d'adhérer à un texte.Le Mammouth ne pratique pas la violence du jugement à l'emporte-pièce. Surtout contre des camarades. Et ne décerne pas des tickets de bonne ou mauvaise pensée. De quel droit?

Le Mammouth 16/11/2008 15:24

C'est un avis. Celui d'un citoyen. Ce n'est pas la ligne du Parti quand même. Le débat est permis encore. Et publier ne veut pas dire signer. A ce qu'il semble.

JMS 16/11/2008 14:02





Si des gens de droite lisent ça, ils vont se taper sur les cuisses un moment. Sarkozy, Cousin et compagnie ont encore de belles années devant eux. Décourageant.