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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 16:13

mar.jpgLes 17 mars  France 2 a diffusé une émission  au cours de laquelle  «Le  jeu de la mort » a reproduit pour la télévision  l’expérience scientifique déjà pratiquée Stanley Milgram à l’université de Yale, en 1960. Ce psychosociologue américain voulait étudier la question de soumission à l’autorité pour tenter de comprendre les atrocités commises par les nazis.

Ce « jeu » exposait les réactions de gens ordinaires sélectionnés en tant que « questionneurs » afin  qu’ils envoient  des décharges électriques croissantes, jusqu'à 480 volts, à un sujet parfaitement innocent ( mais complice des réalisateurs de l’émission) à chaque fois qu’il se trompait  dans la réponse à un test de mémoire.  La  présentatrice vedette ne cessait de les inciter « à continuer, à aller jusqu’au bout », parce que « c’était la règle du jeu ».

Près de 80% des « questionneurs » se sont transformés, sous la pression d’un public entraîné par un chauffeur de salle, en tortionnaires prêts à faire souffrir atrocement , voire à tuer, celui qui protestait et se tordait  à mesure que le voltage augmentait..  Personne dans le public ne s’est levé pour intervenir ou dénoncer la perversité du « jeu » ; ce constat  confirmerait donc l’observation trop courante  suivant laquelle  plus on est nombreux, moins on réagit face à un acte violent . (« Châtiment, châtiment » criait le public  avant chaque choc électrique) 

L’expérience télévisuelle conforte les observations de Milgram : seuls 20% d’individus du Jeu de la mort (ils étaient 35% pour Milgram) confrontés aux ordres d’une autorité destructrice, mais à leurs yeux légitimes - ce point est important - sont capables d’échapper aux comportements passifs d’obéissance pour se comporter en individus libres, responsables et par conséquent rebelles.

Passée l’épreuve les « questionneurs » ont été pris en charge par une équipe de psychosociologues qui leur ont expliqué qu’ils n’avaient pas à se sentir coupables car seule la situation était en cause. Il ne fallait pas que leur estime de soi soit mise à mal.  Mais la question demeure de savoir dans quelle mesure les situations dans lesquelles se trouvent mis les individus excluent tout ce qui reviendrait à des dispositions personnelles.

Les recherches développées postérieurement après cette épreuve montrent que certaines dispositions personnelles ont joué un rôle explicatif. Plusieurs variables peuvent relativiser une interprétation « situationniste » radicale et notamment celle-ci : les sujets sont d’autant plus portés à obéir qu’ils adhèrent aux valeurs de coopération sociale, d’amabilité et qu’ils sont socialement intégrés.

Cette mise en cause implicite du conformisme social se trouve confirmée par le fait que ce sont ceux qui se sentent le moins satisfaits de leur sort, ont une inclination au refus du statut quo social qui montrent une plus grande propension à la rébellion. L’action de désobéissance est d’autant plus difficile que les personnes sont mieux intégrées au système. Loin de dénoncer le caractère maléfique de la télévision, en général, il reste  que la télé-réalité peut très bien conduire les individus ( sont-ils des personnes ?) à accepter de commettre des actes  graves et dégradants pour eux-mêmes et pour les autres

Cette expérience accablante, un demi-siècle après la Shoah, ne manque pas d’interroger la capacité de vigilance et de résistance de chacun de nous face à l’autorité. Si l’autorité implique nécessairement l’obéissance, il est essentiel de garantir et de cultiver  cette part active nécessairement présente qui la distingue de la soumission recherchée par le pouvoir (et qui soutient la jouissance du pouvoir). Cette part active permet à l’enfant de grandir en préservant sa capacité de désobéir à condition qu’il ne doive pas « obéir au doigt et à l’œil », c’est-à-dire qu’il ait fait dès le plus jeune âge l’apprentissage de la soumission. Cette part active a donc trait à la conception de l’éducation et donc de l’homme en société  ; elle conditionne la capacité ultérieure de l’adulte  à résister, éventuellement,  à l’emprise du groupe   d’ appartenance pour qu’il se range  à l’avis de la majorité en préférant la norme à la vérité .

De nombreux jeux et programmes télévisuels cultivent depuis des années la violence, l’humiliation, la délation, la trahison. Ces spectacles sont asservis aux logiques de concurrence, de compétition à outrance, à l’idéologie du battant, du gagnant et du « tueur ».  La télé-réalité a donc le mérite de refléter la réalité en  scénarisant la cruauté du lien social, mais, ce faisant, elle la cultive. Ainsi un nombre croissant de personnes  sont portées au suicide et à bien d’autres formes de destruction moins visibles quand,  ainsi conditionnées par cet environnement,  elles se trouvent  confrontées  à un  conflit intérieur entre leurs valeurs attachées au respect de la dignité humaine et  la pression d’une autorité malfaisante et perverse.

     Yann Le Pennec. 

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commentaires

Haha ! 27/03/2010 14:58


Ils préfèrent la norme à la vérité, oui... Mais quelle vérité ? "Il n'y a pas de vérité" !

C'est bien à quoi ont voulu parvenir les idéologies, Gauche en tête, depuis 50 ans ?

Et bien dansons maintenant.