Lettre de licenciement
À l’attention de M. S., anciennement domicilié à Neuilly-sur-Seine
Monsieur,
Nous sommes au regret de vous informer que, conformément aux dispositions de la période d’essai, nous mettons fin à votre contrat de travail. En effet, depuis votre prise de fonction, nous avons
été obligés de constater les manquements suivants. Premièrement, en ce qui concerne votre tenue et présentation pendant vos heures de service : votre expression s’est laissée souvent aller à
l’extrême vulgarité ; la dernière en date, lors d’un salon professionnel, étant de traiter un travailleur de « pauvre con ». Le mépris dont vous faites preuve à l’égard de
collaborateurs de notre Société, dont vous seriez incapable d’exercer le métier, n’a d’égal que votre incapacité à vous exprimer autrement qu’avec grossièreté. Ce comportement n’est pas
compatible avec les valeurs de notre Société. [...]
Rappelons que chaque salarié a droit au respect de sa vie privée. Cela signifie, en particulier, que les autres salariés ont droit à ce que votre vie privée n’empiète pas sur leur activité. La
publicité abondamment faite autour de vos aventures, divorce ou remariage en un temps record, traduit un manque d’élémentaire pudeur, ou peut-être même une tendance à l’exhibitionnisme. [...]
Enfin, nous attirons votre attention sur le fait que des luxueux et ostentatoires séjours de vacances, explicitement payés par des industriels, pourraient être assimilés à des abus de biens
sociaux et/ou du trafic d’influence ; là encore, les soupçons qu’ils soient justifiés ou non que vous avez fait naître ne sont pas compatibles avec les valeurs de notre Société.
Deuxièmement, en ce qui concerne l’exercice de vos fonctions proprement dites : vous avez multiplié les annonces, en détournant des termes historiques, pour tenter de vous approprier leur
grandeur : « Plan Marshall », « Grenelle », etc.
Malheureusement, une fois l’effet d’annonce passé, ces « Attalissades » se sont délitées, et n’ont abouti à rien de tangible, malgré la gravité des situations environnementale, en
particulier pour lesquelles vous avez été nommé. Qui plus est, par cette méthode, vous avez vidé les mots de leur sens ; désormais, donc, votre parole est vide.
En outre, vos annonces sont, pour la plupart, précipitées, mal réfléchies, voire improvisées ; et cela sans aucune concertation avec les directeurs des services concernés. Ces derniers
découvrent, stupéfaits, en réunion publique, qu’ils auront à faire fonctionner, par exemple, leur service audiovisuel sans budget publicitaire. [...] Ce mode de gestion erratique constitue non
seulement une démonstration stricte d’incompétence vis-à-vis de votre fonction, mais encore une gêne pour les directeurs de service à mener convenablement leur activité en fonction des objectifs
généraux de notre Société.
Pour couronner le tout, vous multipliez les appels à la croyance religieuse, en contravention pure et simple avec notre règlement intérieur référence 1905.1 , qui garantit la liberté de
conscience (cela, évidemment, supposant d’avoir une conscience, et d’oeuvrer pour que la liberté existe). Ce dernier point constitue une faute grave qui justifie, à elle seule, la rupture de
votre contrat de travail.
Troisièmement, en ce qui concerne la représentation en clientèle : l’activité essentielle de notre Société ne consiste pas à vendre des armes et des centrales nucléaires aux principales
dictatures ; notre potentiel est beaucoup plus diversifié.
Vos déplacements en clientèle, pour la plupart très brefs, limités à quelques heures, ont parfois vexé vos hôtes, et en tout cas n’ont pas permis d’établir une relation de confiance avec vos
interlocuteurs. Les rapports de nos agents commerciaux se multiplient pour relever les effets désastreux de vos visites (cf. toute la presse étrangère). Vous avez donc failli à votre
devoir de représentation.
Nous remarquons également que vos encouragements à des personnes ayant été élues dans des conditions douteuses sèment le trouble auprès de nos partenaires traditionnels ; sans compter vos
interventions malencontreuses, vos déclarations brutales et vos tonitruantes promesses sans lendemain.
En conclusion : vous avez démontré, au cours de votre période d’essai, d’une part votre incapacité à tenir vos fonctions, et d’autre part les effets néfastes que votre
« agitationnisme » peut avoir. Négligeant nos multiples rappels à l’ordre, et malgré une incitation financière à redoubler d’efforts (puisque votre salaire a plus que doublé, à votre
demande, en cours de période d’essai), nous ne pouvons que regretter d’avoir à tirer la conclusion qui s’impose.
À l’heure où notre Société doit se préparer à assurer la présidence tournante du Syndicat professionnel européen, nous ne pouvons prendre le risque de voir votre incompétence s’élever à la
puissance 27, sans mettre en péril non seulement l’image, mais la crédibilité, voire l’activité, de notre Société.
Ainsi, nous, citoyens, actionnaires à 100 % de la société France, constatons, selon l’article 68 de votre contrat de travail, « un manquement à ses devoirs manifestement
incompatible avec l’exercice de son mandat ». Nous mettons donc fin, par la présente, à votre contrat.
Afin de ne pas perturber l’élection en cours des directeurs locaux, et pour permettre la nomination de votre remplaçant avant la présidence du Syndicat européen, vous voudrez bien passer au
bureau du directeur du Budget le lundi 17 mars pour percevoir votre solde de tout compte.
Nous vous prions d’agréer, monsieur, l’expression de nos sentiments néanmoins les meilleurs.
Les Citoyens français (courrier paru dans Politis)