A l'extrême droite:
Nous avons un vicomte persuadé d'un complot islamiste contre la France éternelle, qui souhaite le lever au drapeau tous les matins dans les écoles, et qui a pour porte parole un ancien petiot du Front National. Bref, de la vaste rigolade.
De l'autre côté, le vieux poujadiste est une fois de plus de retour, après nous avoir fait son célèbre spectacle « non je n'aurai pas mes signatures », mais ce coup-ci, humanisation du Front National entamé par sa progéniture oblige, la faute en revenait à l'UMPS et non au complot judeo maçonnique des amis de Pol Pot et de Joseph Staline.
A la droite extrême:
Nicolas Sarkozy, qui, avouons le, est tellement doué qu'il arrive à faire oublier que la droite a commis stupidité sur stupidité, s'est pris manifestations sur manifestations, a réussi à faire naitre une émeute à cause d'un ticket de métro, et a fait basculer toutes les régions à gauche, sauf l'Alsace parcequ'il faut pas déconner non plus.
A la droite tout court:
L'homme qu'on a vu sur toutes les télés même s'il s'est plaint de ne jamais y être, François Bayrou! Il est de la gauche balladurienne, de la laïcité qui a voulu modifier la loi Falloux, bref, comme cette célèbre une de Charlie Hebdo2 sur Lecanuet, c'est une gueule qu'on voudrait écraser à coup de tatane.
A la gauche centro-socialo-démocrato-traître:
Après de longs palabres, c'est Ségolène Royal qui a été choisie par les militants-es du Parti Socialiste. Difficile de peser le pour et le contre, d'un côté elle subit des attaques particulièrement crétines et qu'on ne lancerait pas si elle avait eu la présence d'esprit de naitre avec un pénis, d'un autre côté, elle sort des énormités éléphantesques, et son conservatisme provoque chez moi des remontées gastriques assez désagréables.
Chez les anciens staliniens:
Je préfère ne pas m'engager sur ce sujet, j'ai une prise d'intérêt en la matière, j'ai parié une bière qu'ils ne feraient pas 5%. Mais bon, tout de même, bravo pour l'union anti-libérale c'est une grande réussite. Comme quoi, on a renoncé à la dictature du prolétariat, mais pas au centralisme démocratique.
Chez les sectaires trotskystes:
Comme toutes les élections, la momie ressort, parle aux travailleuses et aux travailleurs, qui oublient qu'elle n'est que porte-parole d'un parti pour le moins obscur. Mais bon, elle est extrêmement sympathique, on ne peut pas lui enlever ça.
Chez les trotskystes postiers:
Difficile de dire du mal de Besancenot, il est jeune, sympathique, livre le courrier à l'heure et en plus il ne raconte pas que des conneries. Il leur faudrait un porte parole comme ça au PS, ça serait plus excitant que Julien Dray, et cela nous changerait d'avoir un vrai discours de gauche.
Chez les baltringues:
Quatre candidats comiques cette année, un chez les verts (ils ont l'habitude), un pour le CNPF (ils ont l'habitude aussi, mais c'est une tradition plus récente), un pour le Parti des Travailleurs (ils ont aussi l'habitude, mais là ils ont fait fort), et enfin un anti OGM, pour qui je vais devoir justifier l'AOC de baltringue sinon le mammouth risque de m'en vouloir.
Passons Dominique Voynet, les verts ne sont même plus drôles. Chasse pêche et cul a réussi l'exploit de trouver un avocat pour tirer sur les galinettes cendrées. Gérard -putaing cong- Shivardi quant à lui serait hilarant s'il n'avait pas derrière lui une secte sataniste mangeuse d'enfants et que ses meetings ne se finissaient pas par un « Ca suffit l'Union Européenne ». Quant à Bové, j'avoue avoir beaucoup de mal. Le côté « je vais brûler des expérimentations » me rappellent dans un autre genre les commandos anti-avortement. Même si j'ai évidemment plus de sympathie pour les faucheurs d'OGM, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'au final, cela fonctionne selon la même logique. Sa récente déclaration sur la nomination potentielle de Nicolas Hulot comme Premier Ministre a finit par achever les quelques remparts qui protégeaient Bové de mes réticences (et accessoirement de mes moqueries).
Ces constats faits, que dire de cette -trop- longue campagne?
La gauche et l'extrême gauche avaient un boulevard pour eux, boulevard qu'ils ont transformé en impasse. Du côté de ce que le jargon journalistique qualifie de « gauche de la gauche », les vieilles divisions ont ressurgit, les marxistes-léninistes détestent toujours les trotskystes, qui de leur côté vouent une haine sans nom à l'encontre des marxistes-léninistes. Cela a au moins le mérite de vous conseiller la vision de l'excellent film des Monty Python, La vie de Brian, qui résume à la perfection la situation de l'extrême gauche à travers son Front du Peuple de Judée.
Bové, lui, est sorti du chapeau bien trop tard, sans fédérer grand monde, et en arrive au point de faire de la lèche à un vendeur de shampoing sponsorisé par Bouygues (mais pour sa défense le béton de Bouygues est sans OGM, contrairement aux graines de Monsanto).
Au PS, rien n'a abouti, après 5 ans d'opposition, de manifestations, de victoires électorales (à l'exception, partielle, du référendum sur le Traité Constitutionnel). La campagne est cacophonique, sent l'amateurisme, et commet l'erreur de suivre les idées polémiques de Sarkozy plutôt que de créer le débat. La récente sortie de Nicolas Sarkozy sur l'inné et l'acquis en est l'exemple concret. En se jetant tels des vautours sur une petite phrase tirée d'un dialogue de 8 pages, qui, par ailleurs, est bien plus mesuré que cela, ils ont perdu deux ou trois jours de visibilité en centrant les discussions sur ces propos, plutôt que de diriger les débats.
L'UMP de son côté réhabilite la transformation balladuro-pasquaienne qui n'avait pu être menée sous Jacques Chirac. Comme les centristes et autres démocrates libéraux ont rejoint le navire en 2002, maintenant, la prochaine étape, c'est la mort de Jean Marie le Pen, et une Marine du même nom bien plus fréquentable, avec qui ils pourront s'allier, alors qu'une partie de l'UDF, certes minime, commence à avoir du mal à supporter ces pas de danse entre le Front et l'UMP et risque de rejoindre le PS en cas de branlée électorale. La bipolarisation du monde politique français est en marche, les frontières entre les partis s'estompent peu à peu, et les média remettent de plus en plus en cause la répartition des temps de parole voire le financement des campagnes.
Pendant ce temps, Sarkozy mène une bataille redoutable, crée des débats, se réconcilie avec la chiraquie en négociant en douce une immunité déguisée3 , bref, pour l'instant, du sans faute ou presque. Reste à savoir si tout ces efforts seront suffisant pour faire taire les craintes qu'il suscite. Après tout, il s'est planté à toutes les élections, sauf à Neuilly, l'espoir n'est donc pas si mince pour sa défaite.
Alors, le 22 avril, que faire?
Personnellement j'ai choisi, ça sera la poire à lavement Royal. Aussi sympathique soit Besancenot, dont je me sens politiquement bien plus proche que la ligne actuelle du PS, les divisions à l'extrême gauche me font doucement pouffer. Ségolène Royal est loin d'être parfaite, et c'est là plus un vote de raison, mais elle a la chance incroyable d'avoir en face d'elle, un sandwich au caca vraiment effrayant, et je n'ai pas envie de passer la deuxième décennie de ma vie avec cette droite puante, conservatrice et dangereuse. Surtout que je suis trop avancé dans mes études pour aller m'expatrier en Erasmus...
1 Un épisode d'une rare finesse, et pourtant si pertinent. lien
2 Couverture de Charlie Hebdo du 6 mai 1976 trouvable sur cet excellent site
3 Dans le Canard Enchainé daté du 11/04/07, Le Monde en parle ici
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Je pensais, probablement bêtement, que le fond de l'abject était tenu, et fermement tenu, par le Président du Front National. Voilà alors que l'UMP, en la personne de son général en chef, arrive avec ses gros sabots pour fustiger tous ces musulmans qui trucident des moutons innocents dans leurs baignoires, et qui excisent leurs non moins innocentes filles. Soit, après tout, que l'UMP fricote avec les idées du Front National, une partie de la droite -et du centrisme- en ont parfois la dangereuse habitude. Mais désormais, même ce qui fut un parti internationaliste dans sa folle jeunesse, se lance dans la pêche au voix nationalistes, il est vrai de plus en plus nombreuses en cet anniversaire du Traité de Rome.