L’on savait que le 20 février dernier, le Parlement européen a approuvé le traité de Lisbonne [1]. Mais ce qui est peu connu, c’est que lors de la même séance
plénière, l’amendement 32 déposé par la Gauche Unitaire Européenne (GUE) et demandant que le Parlement européen « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais » a été rejeté à 499 voix
contre 129.
Malgré que la résolution sur le traité voté au même moment indique que « les députés se félicitent de l’accroissement de la responsabilisation démocratique » permettant aux citoyens « d’avoir un
plus fort contrôle de l’action de l’Union », le rejet d’un tel amendement reste surprenant. On se souvient qu’en 2001, le « non » irlandais au traité de Nice n’avait pas empêché l’adoption du texte
original, tout comme le « non » Danois de 1992 n’avait pas arrêté la marche du traité de Maastricht.
Par ailleurs, l’élite européenne déploie ses éléments les plus zélés sur le territoire irlandais pour faire passer le « oui », et parfois avec une certaine fourberie. La Vice-présidente de la
Commission européenne et membre du groupe Amato (les 16 « sages » ayant pré-rédigé le traité –de Lisbonne), Margot Wallstroem, s’est rendue à Dublin le 27 février pour tenter de calmer les
Irlandais qui craignent, à juste titre, la perte de leur neutralité militaire en vertu de la « clause de solidarité » du traité. Le lendemain, avec l’ambition à peine masquée de corrompre la
population irlandaise, le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que son homologue irlandais Bertie Ahern serait un candidat idéal au nouveau poste de président de l’UE, sous-entendant que
les Irlandais rateraient l’immense chance d’être au « sommet de l’Europe » s’ils votaient contre le traité.
Lors du débat parlementaire du 20 février, la députée européenne irlandaise du Sin Fein Mary Lou McDonald (GUE) a interpellé ses collègues : « Il y a clairement une peur des référendums dans les
autres Etats et je me demande pourquoi. Pourquoi alors que l’on parle tant de démocratie ? Qui ici a peur de la voix du peuple ? ». Sa compatriote, l’indépendante Kathy Sinnott, a avoué faire face
à une demande massive de ses administrés pour obtenir des exemplaires du traité : « Quand je dois leur dire qu’il n’y a pas de version lisible, ils restent incrédules. Mais quand je leur dis que
c’est par décret de la Conférence intergouvernementale (le groupe secret et non élu mandaté pour rédiger le traité de Lisbonne), ils sont furieux. »
Notes:
[1] On croit à tort qu’il s’agissait du traité lui-même, mais le Parlement européen a seulement voté une résolution dans laquelle ne figure pas le traité, mais seulement des déclarations
d’intentions et des autocongratulations à son sujet. Si la résolution commence bien par ces mots « vu le traité de Lisbonne modifiant… », il est expliqué dans la conclusion que le parlement est «
conscient » du problème de clarté et de lisibilité du traité et demande donc « que les traités consolidés, révisés à la lumière du traité de Lisbonne, soient publiés immédiatement ». Le Parlement
européen aurait-il invoqué et voté un texte qui n’existe pas encore ?
Points info :
(1) Les votes sur cet amendement 32 du 20 février 2008 au Parlement européen :
L'UMP, le Modem et le PS refusent par avance le résultat du référendum irlandais
...si la réponse était "non", bien entendu. Doit-on s'en étonner, puisqu'ils n'ont déjà pas respecté le résultat négatif du référendum français ? Au cours de la séance de vote qui s'est déroulée le
13 février 2008 à Strasbourg au Parlement européen sur le Rapport Corbett-Mendez de Vigo relatif au traité de Lisbonne, un amendement (n°32) était sobrement rédigé : le Parlement européen "s'engage
à respecter le résultat du référendum irlandais". Qui oserait voter contre, franchement, l'affirmation du respect du résultat futur des urnes, donc de la démocratie ? Réponse, s'agissant des
eurodéputés Français : 46, de l'UMP, des Socialistes et du Modem. Voici en effet dans le détail le résultat du vote par appel nominal sur cet amendement n°32 (source : Parlement européen)
1. Ont voté contre l'amendement 32 : 46 députés français
Libéraux (Modem et Nouveau Centre) : Beaupuy, Cornillet, Fourtou, Gibault, Griesbeck, Laperrouze, Lehideux, Morillon (Sarnez et Cavada absents)
Démocrates Chrétiens (UMP & autres divers droite) : Audy, Daul, Descamps, Fontaine, Fouré, Gaubert, Gauzès, Grossetête, Lamassoure, Mathieu, Morin, Sudre, Toubon
PSE, (Socialistes) : Arif, Berès, Bourzai, Carlotti, Désir, Douay, Guy-Quint, Hazan, Le Foll, Lefrançois, Navarro, Neris, Patrie, Peillon, Poignant, Pribetich, Savary, Schapira, Vaugrenard,
Vergnaud, Trautmann, Weber.
Verts (Ecologistes) : Aubert, Bennahmias, Lipietz
2. Se sont abstenus : 3 députés français
PPE : de Veyrac
Verts : Flautre, Onesta
3. Ont voté pour : 17 députés français
Groupe IND/DEM (souverainistes) : Couteaux, Louis, de Villiers
GUE (PCF) : Hénin, Jouye de Grandmaison, Wurtz
Non Inscrits (FN) : Golnisch, Lang, Le Pen, Marine Le Pen, Le Rachinel.
PSE : Laignel
Gageons que si la réponse des Irlandais est un "oui" au traité de Lisbonne, UMP, Modem et PS seront les premiers à s'en féliciter et à célébrer la "démocratie"... Si c'est un "non", comme
d'habitude on leur reposera la question jusqu'à ce qu'ils donnent la réponse qu'on attend d'eux, bis repetita placent...
Observatoire de l'Europe
(2) Sur la ratification du Traité de Lisbonne ...
Le Traité de Lisbonne a été signé officiellement en décembre 2007. Actuellement, il a été ratifié par 8 Etats Membres (Hongrie, Malte, Slovénie, Roumanie, France, Bulgarie, Slovaquie, et Pologne).
Il est prévu qu'il devrait entrer en vigueur à l'issue de la ratification dans l'ensemble 27 ratifications Etats Membres en principe le 1er janvier 2009.